De : Zach
Envoyé : jeudi 31 mai 2007 17:14
À : Fred
Ma réunion avec les autres services était sympa mais pas très constructive. J’ai juste réussi à placer la phrase : « bien que ça ne soit pas dans nos habitudes, on peut essayer de
faire moins bien, si vous voulez… ». Top, non ?
Et toi, après-midi intéressant et studieux ? et long ? Sinon, il pleut chez
toi ?
De : Fred
Envoyé : jeudi 31 mai 2007 17:22
À : Zach
Top phrase, j’avoue ! du grand Zach !!!!
Pour ma part, réunion classique.
Concernant la pluie, c’est mi-figue mi-raison, j’espère surtout que cela ne t’empêchera pas de venir demain
….
De : Zach
Envoyé : jeudi 31 mai 2007 19:58
Objet : RE: no ending day
À : Fred
il est 20h00 mais j'avais envie d'envoyer un mail. Voilou !
PS : j'ai mis ma ligne directe dans ma signature mail....
C U tomorrow, girl...
Bordeaux, vendredi 1er juin 2007
Ce matin, en quittant mon domicile, j'ai d'abord regardé le ciel : lumineux, bleu, intense, je sentais déjà les odeurs chaudes et légères du printemps : la promesse
d'une belle journée.
Puis mon regard s'est promené aux alentours : la végétation étalait ses plus belles couleurs : les verts intenses des arbres, les rouges des premières fleurs de
lauriers.... même l'air me paraissait vibrer dans les premiers rayons d'un soleil déjà presque blanc.
J'ai dix minutes pour me rendre à mon travail. Dans le rétroviseur, mon immeuble a rapetissé. J'habite dans un quartier tranquille de la périphérie de Bordeaux. On
y croise de la "middle-class" hétéroclite : mes voisins sont un intérimaire un peu fainéant, un maçon portugais gueulard, une retraitée de l'éducation nationale, un technicien géomètre
et j'en passe... En m'éloignant de mon domicile, j'ai la sensation qu'à mon retour, ce soir, je ne verrai plus cet endroit comme maintenant ; que plus rien ne sera comme
avant.
Je commence ma matinée de travail comme d'habitude : je regarde mes derniers mails avec sa cohorte de notes de service, de modifications de lois, de demandes
diverses de la part de partenaires ou des questions émanant des personnes de mon service. Une fois effectué mon 1er tri selon l'urgence et l'importance (les puristes
reconnaîtront le principe d'Eisenhower "ce qui est important et urgent"!), je vais me préparer un café léger que je
bois à mon bureau, puis je me lance dans une lecture plus approfondie de mes mails ainsi triés.
J'arrive souvent en avance pour profiter de ce moment de tranquillité : le calme règne encore, le silence impose encore sa force, je peux me préparer mentalement et
démarrer en douceur ; après, ce sera toute la journée une gymnastique entre les demandes urgentes des uns et des autres qui vont régulièrement interrompre mon travail.
Mais ce matin-là, assis à mon bureau, alors que mes premiers collègues arrivent, qu'ils s'interpellent de loin en se racontant leur
vie ou en préparant leur travail, alors que les téléphones commencent à sonner et que le tapotement des doigts sur les claviers d'ordinateur monte en puissance ; quelque chose occupe à cet instant toute mon attention : je ressens à l'intérieur de ma poitrine un chuchotement, un bruit sourd qui arrive d'au-delà
mon être, qui s'intensifie, comme si mon cœur se remettait à battre tout doucement, presque timide de se faire entendre de nouveau, se cachant de crainte d'être entendu et j'ai l'impression
à la fois formidable et douloureuse que cela ne m'était plus arrivé depuis très longtemps.
Et à l'unisson de cette pulsation, se déverse en moi et me submerge, m'emporte et me cloue sur place, dans mes muscles et sur ma peau, dans mes mains qui se
serrent et dans ma respiration, dans mes pupilles qui s'agrandissent et sur mes lèvres qui commencent à sourire, une émotion violente, unique, radiante, une envie énorme de vivre !
Je dois fermer les yeux quelques instants pour reprendre le contrôle de mes émotions et quand je les rouvre, je me sens si faible que je ne vais pas arriver à me lever avant de longues
minutes.
De : Fred
Envoyé : vendredi 1 juin 2007 08:37
À : Zach
Je dois t’avouer qu’il est très agréable d’arriver le matin au bureau et d’avoir un petit mail ! ( de ta part, of course…)
Je voulais juste te prévenir également que aujourd’hui, je me la joue « working girl » (restons dans les
anglicismes) avec mes lunettes alors ne soit pas surpris …. ( ou alors dans le bon sens, genre femme à lunettes, femmes à ….)
Bref à tout à l’heure
De : Zach
Envoyé : vendredi 1 juin 2007 10:00
À : Fred
Working girl, tu dis ? Moi, ce sera style « Magnum-Hawaïi ».
PS : Working girl en robe ?
Le Working girl dress code n’est que pour les lunettes ?
(même si les femmes à lunettes ont un charme fou, n’est-il pas ?)
10 heures du matin ! Encore une fois, je regarde l'heure sur mon ordinateur et encore une fois, il me semble que le temps n'avance plus. Je n'en peux plus
d'attendre. Je dois déployer toute mon attention et mon énergie pour répondre aux quelques questions des personnes de mon service et pour avancer à pas de fourmi dans mes dossiers. J'ai
passé ma matinée à prévenir que je partirai assez tôt. J'ai déjà imaginé dans ma tête tous les scénarios : si ma femme me téléphone pour me demander si je veux déjeuner avec elle, je lui dit que
je dois déjeuner avec d'autres responsables de service en ville ; si ce sont des collègues qui me demandent la même chose, même réponse ! Et si… et si… je m'en fous, rien ne
m'empêchera d'aller rencontrer cette femme blonde, sensuelle, féminine, intrigante, dérangeante, attirante qui semble m'envoyer un message encore confus dans ma tête, comme une vision floue
devant mes yeux et des paroles assourdies.
Bizarrement, je n'arrive pas à me dire que je mens à ma femme. Pourtant, je sais bien que je le fais et je pense savoir dans quel but. Mais en même temps,
ce n'est pas l'idée assez probable d'avoir une aventure qui me guide, je ne pas suis un "chasseur" de femmes et je ne ressens pas assez d'intérêt pour une simple aventure sexuelle. Alors encore
une fois, je m'interroge sur ce que j'ai furtivement vu ce fameux mercredi de notre séminaire. Fred m'a montré quelque chose ce soir-là, m'a touché et je veux découvrir quoi. Je sens que c'est
important pour moi et que ça dépassera largement le cadre d'une banale aventure.
De : Fred
Envoyé : vendredi 1 juin 2007 10:09
À : Zach
Non, cela vaut aussi pour le pantalon noir et des escarpins de 9 cm…
Ne poussons pas trop le bouchon, je suis rarement en robe… si tu es gentil, je ferais peut être l’effort, un jour,
peut être…
De : Zach
Envoyé : vendredi 1 juin 2007 10:30
À : Fred
Aïe, 9 cm d’escarpin ?
De : Fred
Envoyé : vendredi 1 juin 2007 10:36
À : Zach
Pourquoi aïe ? pour le 1.80 M pour moi avec ou pour la difficulté pour moi de marcher avec
De : Zach
Envoyé : vendredi 1 juin 2007 11:06
À : Fred
1ere solution. Je rappelle que je ne fais pas 1M80. 11h07 ? passe pas vite, le temps ce matin…
De : Fred
Envoyé : vendredi 1 juin 2007 11:14
À : Zach
Je suis en total désaccord avec ce dicton, en tout cas lorsque je suis en attente de déjeuner avec toi !!!
De : Zach
Envoyé : vendredi 1 juin 2007 11:28
À : Fred
Mince, notre 1ere dispute ! Chouette, ça va mettre encore plus de tension… 11h27 !
De : Fred
Envoyé : vendredi 1 juin 2007 11:30
À : Zach
Plus de tension, tu es sur ? Ou plus de …
De : Zach
Envoyé : vendredi 1 juin 2007 11:39
À : Fred
Plus de… ?
Dis-moi quelque chose pour me faire patienter….
De : Fred
Envoyé : vendredi 1 juin 2007 11:41
À : Zach
J’ai hâte de te voir …
De : Zach
Envoyé : vendredi 1 juin 2007 11:44
À : Fred
Moi aussi… On fera une approche au feeling ?...
De : Fred
Envoyé : vendredi 1 juin 2007 11:51
À : Zach
Comme des chats… Je pars dans 2 min
De : Zach
Envoyé : vendredi 1 juin 2007 11:57
À : Fred
Objet : RE: 11h50
Le dernier qui arive à un gage… Devant le marché, donc ?
11h30. Cette fois-ci, je n'en peux plus. Après un dernier regard à ma montre, je me lève
et préviens un collaborateur que je pars déjeuner. Il lève un regard vaguement
étonné mais me souhaite
un bon appétit. Je fonce à ma voiture. En chemin, j'arrive même à me tromper de rue et je perds de précieuses minutes à reprendre ma route. Enfin, j'entre dans ce petit quartier animé
de banlieue. Je longe une grande place centrale où se tient un marché. De l'autre coté de la rue, il y a le restaurant où nous devons nous retrouver. Et d'un coup, je la vois : elle est en train
de téléphoner sur le trottoir d'en face, en m'attendant. Toute simple vêtue d'un jean et d'une chemise blanche, ses cheveux blonds lâchés sur les épaules, je la trouve troublante et
resplendissante. Je me gare au plus près, je reste quelques instants à la contempler pour garder en mémoire cet instant, avant que tout ne bascule et je la rejoins.
Pendant que je parcours les derniers mètres, je regarde Fred qui ne m'a toujours pas remarqué. Je m'approche d'elle et lui lance :
- salut, Fred, comment ça va ?
Elle se retourne, souriante, radieuse, visiblement un peu nerveuse vers ma direction et me répond simplement aussi avec un "bonjour, bien et toi ? ". En
l'embrassant, j'ai envie de prendre de suite ses lèvres mais les convenances me retiennent encore.
Nous
traversons la route et nous installons à une petite table en terrasse. Assis l'un en face de l'autre, nous nous rappelons nos échange de mails de cette semaine.
- heureusement que j'ai envoyé le 1er mail sinon tu ne m'aurais jamais
recontacté, dit-elle sur un ton joyeux en me regardant franchement.
- Tu sais, j'ai aussi envoyé un 1er mail général dès le lundi matin en disant que j'avais des docs à
disposition.
Je me disais comme ça que c'était un moyen pour toi de me contacter aussi...
Elle me regarda en souriant :
- C'est vrai ! Mais quand j'ai dit que je restais soft, c'était vraiment ma dernière cartouche. Après, je ne savais plus
quoi faire pour te contacter directement. Je me disais qu'encore une fois je m'étais planté.
Cette fois-ci, sa phrase m'interpelle, je lui demande ce qu'elle veut dire par "encore une
fois...".
- Tu ne te souviens pas dans le train ce que je t'ai dit sur les feux que j'allume et j'éteins ?
- bien sur que oui. J'ai surtout compris que ça s'adressait à moi et que tu me disais clairement que notre relation serait
strictement professionnelle...
Maintenant, c'est au tour de Fred d'avoir un regard de travers et une petite moue :
- Tu l'as donc bien pris pour toi ? dit-elle, amusée.
- Bien sur !
- Tu n'as pas compris ce que je voulais dire ?
- ...Que si je pensais avoir été allumé par toi, tu étais en train d'éteindre le feu de suite !
Fred partit dans un petit rire :
- Mais non ! Je voulais simplement te dire que je t'allumais un peu ; en aucun cas
je ne cherchais à éteindre le feu ! Oh la la, on s'est vraiment mal compris !
Et elle renversa un peu la tête en arrière et se met à rire. Du coup, je ris aussi car je me souviens d'un autre malentendu
probable :
- Attends, tu sais que sur le quai de la gare, quand je te disais que ça ne devait pas être toujours facile pour toi avec les hommes car tu paraissais
tellement féminine et communicante, tu l'as pris comment ?
Fred prit un faux air sérieux :
- Mal ! J'ai eu l'impression que tu me comparais à une blondasse stupide !
- Mais non ! C'était pour moi une sorte de compliment détourné pour dire que je te trouvais très agréable...
Je pris un temps avant d'ajouter :
- ... Que tu me plaisais...
Le regard de Fred change, je le vois devenir plus brillant, plus rond. Elle regarde au loin, elle hoche un peu la tête, je vois ses lèvres qui réfrènent un sourire.
Elle ne parle plus, me regarde de nouveau. Je sens aussi que les mots sont à cet instant sans importance, seuls les actes compteront. Sans en être conscient, je tends ma main droite à
travers la table, paume ouverte et je m'entends demander :
- Fred, tu peux me donner ta main, s'il te plait ?
Alors,
avec une grande simplicité et un temps d'hésitation, sa main se pose dans la mienne sans précipitation, avec un grand naturel. J'ai l'impression qu'autour de nous les bruits nous arrivent plus
feutrés, peut-être même que les personnes présentes parlent plus doucement.
Nous nous regardons, nous regardons nos mains jointes, nous nous regardons encore. En cet instant, je comprends que nous sommes
enfin réunis, que c'est plus fort que le simple contact de nos mains réunies, plus intense que la promesse de nos corps, que quelque chose de plus profond s'éveille en nous, comme
une ancienne promesse tenue. Fred me regarde encore et un sourire plus large se dessine sur son visage. Elle pose son autre main sur sa poitrine en soufflant :
- Je crois que tu ne sais pas à quel point tu viens de me faire plaisir, Zach ! Je n'aurais jamais cru que cela se passerait comme ça, aussi vite
!
- Moi non plus, Fred. Je ne sais pas, ça m'a paru d'un coup tellement important de prendre ta main... Je pense que c'était ce moment et pas un autre. Tu es
d'accord ?
Elle me répond "oui" dans un souffle et reprend :
- Contrairement à ce que tu pourrais croire, je n'ai pas vraiment l'habitude de ce genre de situations.
- Moi non plus, Fred !
- Mais je peux te dire que j'attendais ça avec une impatience, tu ne peux pas
imaginer... Surtout depuis le temps que je te connais ! me répond-elle en riant.
- Comment ça, depuis le temps ?
Et voilà que Fred me rappelle le nombre de fois où nous nous sommes déjà rencontrés : la présentation chez un partenaire, celle d'un nouveau logiciel... je n'en
reviens pas ; Fred s'en souvient comme si c'était hier : je ne lui avais même pas dit bonjour la première fois, je ne lui avais pas dit trois mots la fois suivante... Je m'étonne qu'elle s'en
souvienne, elle me répond que je suis quand même plutôt agréable à regarder et que je donne l'impression de quelqu'un de responsable. Je suis assez surpris de cette description car je pense
plutôt être assez passe-partout physiquement et pas forcément très sur de moi.
Quand à moi, je lui explique qu'elle me paraissait inaccessible par son coté "bombasse de la trentaine", ses fringues à la mode, et je vois Fred hausser des
épaules et me dire :
- Tu rigoles, Bruno ; j'ai des tongs à 5 euros et le chemisier vient d'un marché et m'a coûté 10 euros. J'adore les fringues mais je n'aime pas jeter
l'argent par les fenêtres. J'ai les goûts les plus simples du monde ! Ce n'est pas avec moi que tu vas te ruiner en resto ou en fringues... Et je ne suis pas une bombasse, bon, si, d'accord, un
peu quand même ! conclut-elle en riant.
Cette fois-ci, l'envie est trop forte et je lui demande à moitié sérieux :
- je crois que là, maintenant, il faudrait qu'on s'embrasse sinon je ne vais pas tenir
!
Fred s'arrête d'un coup, rougit et je m'avance par-dessus la table. Elle essaye de me dire qu'il faudrait peut-être attendre mais
mon visage est trop près du sien. Elle s'avance aussi et nos lèvres se rencontrent pendant que ma main libre se pose entre sa joue et son cou. Le contact est magique : je la sens, je la
respire, je la goûte... Nous reprenons nos places après de longues secondes. Nous sommes presque essoufflés. Fred expire d'un coup et disant à peu près "Waouh" et en papillonnant des
yeux.
Du coup, la faim arrive brutalement et nous nous apercevons que nous n'avons toujours pas touché à notre repas tandis que l'heure de notre première séparation
approche. Nous voilà pris d'une soudaine envie de quitter cet endroit au plus tôt : nous engloutissons nos assiettes en demandant presque en même temps l'addition. Le serveur semble
comprendre notre soudaine accélération et nous pouvons quitter le restaurant en quelques minutes.
J'accompagne Fred à sa voiture. Alors que le temps presse, nous commençons à nous embrasser de façon plus passionnée : elle me dit de monter avec elle dans sa
voiture car elle est quand même inquiète d'être vue par quelqu'un. Nous sommes à la limite de l'attentat à la pudeur à l'intérieur mais rien ne compte... sauf le temps qui passe. Nous nous
séparons :
- Appelle-moi cet après-midi, s'il te plait ! me dit Fred dans un souffle. Je lui réponds :
- J'ai juste une réunion en début, je pourrais vers 16h00. Ca te va ?
- Oui, à tout à l'heure...
Et je vois Fred partir en voiture. Je reste sur cette place du marché de longues secondes sans bouger. Ce qui vient de se passer vient, je le sens, de bousculer
beaucoup plus que mes petites habitudes : c'est de ma vie qu'il s'agit, et je repense à cette phrase d' Henry THOREAU dont la citation apparaissait dans le livre de Philippe LABRO
"l'étudiant étranger" : "la plupart des hommes mènent des existences de désespoir tranquille". C'est ça que Fred vient de mettre à nu, de
bousculer : mon désespoir tranquille.
Et pourtant, au milieu de cette place, entouré d'hommes et de femmes qui s'interpellent, se
croisent, se perdent, travaillent, par-dessus le brouhaha de la vie, au milieu des bruits de la ville, alors que je reste là, les bras ballants, incapable de
bouger, le corps tétanisé, jaillissant du plus sombre et du plus profond de mes entrailles, remontant mes veines et mes nerfs, bousculant mes muscles, pendant qu'un sourire que je ne peux retenir vient sur mes lèvres, j'entends de nouveau le bruit sourd et formidable, qui cogne et qui vibre dans mon corps, de mon cœur qui bat !...