mes choix de vie... mes décisions.. l'aventure extraordinaire que je vis...
La campagne au Nord de Bordeaux, dimanche
Une belle journée. Je me sens en forme, je regarde par la fenêtre le bleu du ciel sans nuages puis mon regard se pose sur les cyprès du jardin voisin, plus loin un couple de petits vieux entretient ses arbres fruitiers ; j'esquisse un sourire en téléphonant à Fred.
- Hello, ca va ?
- Oh oui, et toi ?
- Très bien ! Tu crois qu'on peut se voir tout à l'heure ? Au parc ? Je viendrais en VTT pour faire mon sport, lui dis-je. Elle laisse passer quelques instants de silence avant de répondre.
- Oui... d'accord. Mais je ne ferais pas de sport, après je dois rejoindre un... un copain en ville.
Ce n'est pas le mot "copain" qui a transformé le bel ordonnancement de notre conversation, c'est cette petite seconde de silence gêné juste avant, cette retenue volontaire de la parole quand au moment de sortir un mot vous vous rendez compte qu'il va créer une catastrophe ; vous cherchez désespérément en une demi-seconde un autre mot, voire une autre fin de phrase mais rien n'y fait, vous ne trouvez rien et en plus vous vous rendez compte que ce petit moment de silence n'a fait qu'en souligner l'importance, vous savez que vous allez entrer dans une zone dangereuse.
Ce petit moment de silence remonte dans ma tête à la vitesse de l'éclair en se vrillant autour de ma nuque, il déclenche en moi toutes les alarmes possibles, il file vers mon cœur et l'enserre, il fige mon visage et crispe mes épaules. Comme réponse, je ne peux que reprendre d'une voix qui commence déjà à se nouer :
- un copain ?
Nouveau petit silence de Fred, puis un soufflement, elle comprend que sa phrase vient de déclencher quelque chose d'important en moi :
- Oui, enfin, je t'expliquerai, je l'ai rencontré hier soir et...
- Hier soir ?
- Oui, mais... non, écoute, me répond Fred dans un souffle, ce n'est pas ce que tu crois...
- Ce que je crois ?
- Oh, non... qu'est-ce que j'ai dit ? Écoute, on se retrouve là-haut maintenant et je t'explique ? Tu peux monter maintenant ?
- Oui, j'arrive.
Je raccroche, mes oreilles sont en feu et bourdonnent, mon cœur explose à chaque battement dans ma poitrine. J'ai une rage qui m'envahit, des larmes qui me viennent aux yeux, une angoisse qui me noue les tripes, mes muscles se nouent de plus en plus et mes poings se serrent, je peux sentir l'adrénaline qui se déverse en moi comme un torrent de montagne et mon corps se gorger de force et d'énergie ; et le pire, le pire, c'est que cette sensation, je la connais bien, je me souviens d'elle, sa façon qu'elle avait de me porter, de me soutenir, de me caresser, de coller ses lèvres à mon oreille pour murmurer ce qu'elle voulait de moi, son souffle dans mon cou qui m'excitait, la faim jamais rassasiée de cette maitresse exigeante et sauvage qui me fait tellement peur mais qui m'attire tellement... Je dois presque me retenir pour ne pas apprécier les effets de cette rage sur moi, ne replonge pas ; lutte contre, Zach, lutte, souviens-toi.... Ne te laisse pas caresser par elle, souviens-toi...
Je me force à dominer ma respiration et je prépare mes affaires et Sans me retourner, je dis à ma femme que je pars faire du sport, j'essaie d'avoir l'air le plus neutre possible.
Je prends mon VTT et je démarre. La rage me fait avaler les 4 km et les 2 grosses montées en un éclair, debout sur les pédales. J'arrive en nage, Fred est déjà là.
Elle devine mon énervement et m'explique. Il accompagnait une des amies avec qui elle était en boite, elle l'a trouvé agréable et doit aller au ciné avec lui.
Je tombe des nues car je traduis qu'elle a rencontré en boite un homme qui lui plaisait et qu'elle va le revoir ce soir ?
- Tu vas au ciné ce soir avec un homme que tu as rencontré hier soir en boite ?
- Zach, t'énerves pas, je dois juste le voir. Tu sais, je suis une grande fille et je suis avec toi. Je n'ai pas besoin de quelqu'un d'autre...
Bien sur, c'est une grande fille, que répondre ? Que je suis jaloux ? Que la circonstance parait quand même louche ? J'essaie d'expliquer mon point de vue...
- C'est... c'est juste que... c'est un autre homme, je dois être un jaloux, je pense...
- tu dois me faire confiance, Zach, me répond-elle, je ne fais que sortir en ville. Tu sais, quand je rencontre quelqu'un d'intéressant, j'aime bien parler avec, que ce soit homme ou femme... et surtout, je sais ce que j'ai à faire.
Je te comprends, c'est juste que c'est un homme et tu es une femme tellement belle et féminine, il va te draguer...
- Eh bien, je lui dirais que je suis déjà avec quelqu'un, me répond-elle un ton au-dessus, et je lui dirais que je suis très bien avec la personne avec qui je suis, et voilà ! Elle me regarde encore, elle doit peut-être lire toute la panique et la frustration que j'ai dans mes yeux, ne t'inquiète donc pas, ca va aller...
- Tu comprends, Fred, c'est que je tiens tellement à toi, ça me parait bizarre, et encore une fois, tu es tellement belle, il va croire que tu le dragues...
- Je sais, Zach, c'est juste que parfois, je me sens seule dans mon appart, j'aime voir des gens intéressants, c'est tout...
- Je comprend, Fred, je comprend... Je réponds d'un air abattu, qui suis-je pour lui faire la leçon ? Ai-je eu le courage pour l'instant de partir ?
- Bon, je veux te dire quelque chose, Zach, elle me prend la main en disant ça, je reconnais que j'ai peut-être créé ce rendez-vous parce que je suis un peux jalouse...
- De quoi ?
- Du fait que tu es encore avec ta femme, que tu as passé la soirée avec elle, que tu as dormi avec elle, que tu as peut-être fait l'amour avec elle...
- Non, Fred, tu sais bien que...
- Ce n'est pas grave, Zach, c'est juste que j'ai été un peu jalouse, c'est tout. Tu comprends?
Je réfléchis quelques secondes, ce qu'elle dit est vrai, sa situation n'est pas la mienne, elle a aussi ses périodes doute ou de lassitude, de jalousie, évidemment. Je me sens toujours aussi mal de son rendez-vous de ce soir mais je ne peux lui demander de l'annuler du fait de ma jalousie. J'accepte donc l'inéluctable. Je lui réponds que je comprends, que je lui souhaite de passer une bonne soirée, que l'on s'appelle demain. Je la regarde partir en voiture, son regard est quand même un peu triste, elle sait qu'elle m'a fait du mal mais qu'elle doit aussi penser à elle pour l'instant, elle à raison. Voilà, elle à tourné au loin, un dernier geste de la main, un baiser envoyé, elle est partie.
Je cherche ensuite, au milieu de cette campagne boisée, traversée par Vttistes et joggers en tout genre, un endroit un peu plus isolé, je m'y arrête et je pleure de longue minutes sans bouger. Je remonte ensuite en selle et je rentre. Mes sentiments et questions sont confus : colère, tristesse, désespoir, désillusion, elle me trompe ? Elle m'aime ? Elle me trahit ? La trahison, c'est ce qui se rapproche le plus de mon état actuel, je me sens trahi ; la trahison de m'avoir abandonné alors qu'il fallait rester, la trahison de la parole donnée, la trahison qui fait tellement de mal ; je tourne autour de cette idée.
Décidément, depuis des mois, j'ai parfois des idées qui tournent dans ma tête et je n'arrive pas à comprendre pourquoi elles m'obsèdent tellement, pourquoi mes réactions sont parfois tellement outrancières. Qu'est-ce que j'ai en tête ? Mais qu'est-ce qui se passe dans ma tête, nom de dieu ?