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mes choix de vie... mes décisions.. l'aventure extraordinaire que je vis...

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Août 83 : désert tchadien - le départ

Désert tchadien - août 83

  Yvon revient, lorgnant mon quart où fume un déca' – un vrai café me rend vraiment irritable – pour juger de mon degré d'éveil et entamer une discussion. Satisfait de l'enquête, il pose sa boite de ration sur la table, au milieu de son brelage, s'assoit sur le tabouret voisin et attaque :
  - Tu veux une chocolatine ou un quatre quarts ?
Il se rend compte que la question est encore trop complexe pour moi et décide bravement de me filer un de ses pains au chocolat.

  Une ½ heure et un pain au chocolat plus tard, repu et équipé de ma tenue TAM, mon fusil d'assaut en bandoulière, canon pointé à terre et chargeur engagé, je sors avec Yvon pour notre quotidienne et matinale promenade digestive. Il n'est que sept heures du mat' mais déjà le soleil tchadien commence à bouffer l'horizon de sable et nous délivre un message clair : "planquez-vous, j'arrive !".
On croise les autres sections de la compagnie qui finissent leur footing. Nous, on s'en fout, notre groupe part en patrouille tout à l'heure.
  Vita s'arrange cette fois-ci pour croiser notre route et nous lance un rappel " rassemblement 07h30 ("... à zéro sept zéro zéro..."), alors trainez pas… " et nous répondons d'un "…firmatif, mon lieutenant !" et tout va bien, Vita à fait pêter son grade, nous, on a joué le jeu et il s'en va presque en courant, soulagé de notre bonne volonté. Il a juste croisé mon regard pendant un instant et a lu mon mépris envers lui.

  Nous arrivons tranquillement vers nos véhicules, à la lisière du camp. Yvon en profite pour fumer une goldo, la quatrième depuis son réveil. Arrivant du village, je vois se dessiner la silhouette de Goya, notre contact
tchadien, qui revient de sa 1ere prière faite avec les villageois du bordj. Il nous a vu et vient à notre rencontre, sans se presser. Il s'arrête devant nous et descend la partie de son cheiche qui lui recouvrait le bas du visage, dévoilant un peu plus des cicatrices sur ses joues, un visage grêlé. Son regard en amande, d'une beauté certaine, et des dents plus blanches que la neige contrastent avec cette tête ravagée. Comme tous les militaires tchadiens, son équipement est une vraie liste à la Prévert : treillis dépareillé, vieux pantalon guépard francais, veste camo désert américaine, brelage chinois et fusil d'assaut AK74, version chinoise aussi me semble t'il.

  - Salam alekhoum ! Salut, les guerriers, on va faire la chasse, aujourd'hui ? Yvon rigole et lui répond :
  - Alekoum salam, Goya, le bien avec toi. Il effleure la paume de la main que nous tend le tchadien, à la façon des nomades. T'as tout compris, Goya ! on essaiera de trouver une gazelle à tirer pendant la patrouille et tu pourras faire un bon repas pour le village.

  C'est notre petite tradition, à chaque sortie, on essaie de shooter une bestiole pour la ramener au village proche, ça entretient les bonnes relations.
  - Le vieux, il te propose le thé, me dit Goya.
  - C'est trop juste ce matin, Goya, on doit partir maintenant. Mais à notre retour, on viendra le prendre avec lui et on apportera quelques rations.
  - Alors allons nous préparer, les guerriers ! Goya rigole en nous disant cela. Pour lui, les patrouilles, c'est l'occasion de se faire de l'argent et des gazelles ! Le transall est arrivé tout à l'heure et si Dieu le veut, il y aura à manger pour tous, et peut-être du matériel pour le village !
  Je souris en entendant celà, le matériel, ça peut être aussi bien un seau pour aller prendre de l'eau au puits, une trousse de soins ou quelques outils...

  La patrouille se rassemble près des véhicules : 1 GMC et un Toyota.  Vita dispose son groupe en cercle aoutour de lui, il a posé la carte par terre, plaquée par des cailloux aux quatre coins.

  Passation des ordres et consignes, vérification des cartes et des fréquences, boussole sortie, check du matériel, vérification des armes, dispatch des fonctions, nous sommes prêts. Cette fois-ci, nous traçons un azimut plein nord sur 150 kilomètres pour faire une cartographie de la région, notre but : repérer les axes probables de passage des forces GUNT et libyennes pour optimiser le temps de réponse de nos forces aériennes. Ce boulot en aparence tranquille est essentiel : sans repérage, une colonne de blindés et toute sa logistique peuvent nous passer sous le nez et nous étriller sévèrement ! Cette phase préventive est donc essentielles mais sensible : une patrouille de notre taille n'a aucune force de frappe face à l'ennemi ; notre mobilité et notre discrétion sont nos seuls atouts.

  Goya monte dans son Toyota et prend le volant : Yvon se met à coté de lui et je monte derrière. Dans le GMC, Vita se cale à coté du conducteur et le reste de notre petite patrouille monte à l'arrière. Nous voyageons léger : 7 hommes et Goya. Le GMG transporte deux bidons d'essence supplémentaires, des cubis d'eau, du matos de rechange pour les véhicules et un poste de tir Milan conditionné dans sa malle de transport pour accrocher un blindé : il faut ça pour tenir deux jours dans le désert.

  Nous quittons le camp. Je m'accroche aux poignées, histoire de ne pas me faire casser la colonne par cette mécanique infernale qui transforme une simple balade en rodéo. Le fait qu'une lame-maitresse du 4x4 soit cassée y est certainement pour quelque chose patrouillemais Goya n'a pas eu le temps de la réparer. J'ai calé mon Famas sur ma poitrine et mon P13 entre mes jambes tandis que le Sony reste précieusement sur ma poitrine, dans une sacoche de mon brelage. Le P13, c'est une grosse radio mili, robuste mais limitée tandis que le Sony est nettement plus performant mais plus fragile, cette double sécurité en matière de communication est une assurance-vie. Mon barda est à terre, entre mes pieds, et petit à petit je me laisse aller à une semi-torpeur, entre le ballotage de la piste et la chaleur qui monte. Yvon a juste un peu tourné la tête pour vérifier que j'allais bien, j'ai parfois un peu la gerbe en voiture, ce qui est un problème pour le boulot !

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