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mes choix de vie... mes décisions.. l'aventure extraordinaire que je vis...

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6 septembre 2007 : parler de soi

Mardi 4 sept 2007

  J'ai mangé avec Fred aujourd'hui, elle était comme d'habitude resplendissante : pantalon large, chemise ouverte sur son merveilleux décolleté, une longue mèche de cheveux blonds maintenue derrière l'oreille, me parlant avec enthousiasme de son travail avec ses gestes ronds, ses hochements de tête et son fameux sourire en coin. Je me prends au jeu et nous restons sur des échanges professionnels tout le long du repas. J'avais l'impression étrange d'être déjà en couple malgré notre situation, d'une distanciation entre le vécu et le perçu.

Jeudi 6 sept 2007

  Fred annule notre déjeuner, son mari lui a proposé de la rencontrer à ce moment-là et elle a accepté. Je la sens très stressée au téléphone et je m'inquiète. Faute de pouvoir l'appeler, je me ronge les sangs une partie de l'après-midi. Enfin, vers 16 heures, je l'ai au téléphone ; le son de sa voix est un peu enroué et elle me dit que son déjeuner s'est très mal passé : son mari s'est énervé et a crié, il est parti d'un coup en lâchant quelques phrases assassines.
  Fred est désolée, se sent perturbée et me dit qu'elle préfère annuler notre rencontre de vendredi midi. Je lui réponds que bien évidemment, j'accepte sa décision, j'essaie encore de
la rassurer.

  Je raccroche. La fragilité nouvelle de Fred me touche en plein cœur, je me sens mal d'être aussi impuissant, de ne pouvoir lui montrer qu'elle peut compter sur moi. A quoi je sers si je ne suis là que pour les moments de plaisir et invisible dans les moments difficiles ?
  Et en filigrane, j'ai aussi cette terrible petite voix qui me ressasse les mêmes petites questions égoïstes et qui me démontre combien je suis sensible à la moindre incertitude, combien l'amour que Fred me donne me semble plus honnête que le mien, combien je ne mérite peut-être pas encore ce qu'elle me donne :

Et si son mari arrivait à la convaincre de revenir ?
Et si d'un coup je ne lui plaisais plus ?
ET SI ELLE ME QUITTAIT ?
ET SI... ?

  Je réussis avec peine à contenir ces questions qui vrombissent autour de moi comme des guêpes prêtes à piquer et à distiller leur venin brulant sous ma peau. Je finis par me calmer un peu mais il me reste quand même une peur panique qui me taraude le ventre et fait battre mon cœur à un rythme effréné. Je me sens terriblement seul, abandonné dans un monde vide, balloté dans un univers régi par le chaos sans rien ni personne à qui me raccrocher. Je ne comprends pas la puissance disproportionnée de ces émotions, Fred ne m'a rien dit de mal ni quoi que ce soit qui pourrait m'inquiéter. Alors pourquoi cette panique, cette réaction hors de norme ?
  J'en attends avec d'autant plus d'impatience mon premier rendez-vous avec ma psy...


--- PARENTHESE PSY ---

  Je monte les marches de l'immeuble jusqu'au premier étage, je sonne et j'entre. J'ai le temps de noter sur la porte qu'elle est aussi sexologue et qu'elle partage son bureau avec un gynécologue. Super ! Je me sens déjà extrêmement mal à l'aise, voire carrément rempli de honte à l'idée de me trouver en salle d'attente remplie de femmes et de mamans qui vont forcément se dire que par définition je ne vais pas voir le gynéco mais par conséquent que je vais chez la sexologue pour résoudre un gros problème bien masculin : impuissance, éjaculation précoce, fétichisme de poupées Kent ... Mon dieu, pourvu que je ne connaisse personne !
  Mais ce n'est pas grave, je rentre - il y a évidemment trois femmes qui attendent et qui me regardent en sourcillant - je me pose sur une chaise, je sors le MP3 que je cale sur mes oreilles, je prends mon Palm pour faire un solitaire et je vérifie en même temps si Fred ne m'a pas laissé un message sur mon portable. J'ai donc mis tout en œuvre pour me couper du monde et avoir l'air très occupé.

Au bout de quelques minutes, une femme m'appelle et je rentre dans son bureau. Elle me dit où je peux poser mes affaires et m'asseoir.

  La pièce est de la taille d'une chambre : un petit bureau tout simple près de la porte, 2 fauteuils IKEA beige clair avec accoudoirs en bois se font face-à face près de la porte-fenêtre. Le truc moche, c'est qu'une sorte de peau de chamois ou de chèvre (ou de zébu) est posé sur chaque dossier, je trouve ça horriblement kitch.
  La psy s'installe face à moi et là, c'est plutôt une bonne surprise : c'est une femme d'environ 35 ans, mince, rousse avec un regard doux aux yeux bleus ; en quelques secondes j'accroche avec cette personne, je me sens plus en confiance qu'avec un homme ou même avec une femme plus âgée. Elle s'assoit tranquillement en face de moi, me regarde quelques secondes, puis me demande si je veux commencer à parler, à expliquer pourquoi je viens la voir. Je réfléchis un peu, je me penche un peu en avant, je respire un grand coup puis je me lance, un peu comme si je me présentais lors d'un tour de table en début de réunion :

  - Je m'appelle Zach, j'ai 44 ans, je suis cadre dans une administration pour laquelle je travaille depuis 15 ans, je suis marié et j'ai un enfant de 7 ans. Il y a deux ans, j'ai pensé venir vous voir mais... ça ne s'est pas fait, c'est comme ça. Par contre, il y a quelques jours, j'ai ressenti le besoin impérieux - mais vraiment impérieux - d'aller voir un psy car j'ai plein d'évènements qui arrivent en même temps dans ma vie ; j'ai l'impression de très mal les gérer et j'ai besoin de savoir où j'en suis et comment je peux faire pour y arriver.
 
  A ce moment, je marque quelques secondes d'arrêt avant de continuer :
  - J'ai rencontré une autre femme il y a quelques mois, elle s'appelle Fred, elle travaille pour la même administration mais ailleurs en ville et j'en suis réellement amoureux. Je la trouve très belle, extrêmement féminine, c'est un bonheur d'être à coté d'elle, je passe mon temps à la regarder : ses épaules, sa bouche, ses yeux, ses gestes, sa démarche...

  J'ai aussi cette impression très agréable qu'elle me parle vraiment, c'est-à-dire qu'elle n'hésite jamais à me dire le fond de sa pensée, à m'approuver, me critiquer, m'engueuler s'il le faut. C'est nouveau pour moi et parfois c'est très dur à encaisser. Je trouve même qu'à des moments, elle est d'une redoutable mauvaise foi mais c'est très complémentaire à sa façon de communiquer et ça en donne même plus de saveur.  Mais en plus, elle est intelligente, volontaire et surtout, surtout, elle a une approche de la vie que j'adore, elle essaie de voir les bons cotés, de ne pas être trop pessimiste ou triste ou énervée. Je trouve qu'elle est tellement...
  Je cherche mes mots...
... vivante !
  - Il y a quelques temps, il s'est passé quelque chose d'incroyable avec Fred. Nous venions de déjeuner à la campagne, et je me sentais heureux comme je ne l'étais plus depuis longtemps, je souriais. Fred s'est approché de moi, à posé sa main sur mon ventre et m'a dit : "je vais arriver à le faire ressortir, le vrai Zach qui est caché là !". Vous ne pouvez pas savoir l'effet que ça a eu sur moi, j'ai eu le sentiment d'une libération et depuis je ne suis plus la même personne, je revis. Oui, c'est ça, je revis... je reviens à la vie. En plus de l'amour que j'ai pour elle, elle m'a réveillé...

  Je réfléchis quelques secondes, les yeux fixés sur le sol. Puis j'explique à la psy toujours silencieuse d'autres éléments de ma vie d'avant : les sentiments confus d'amertume et de colère que me laisse mon enfancemon passé militaire qui m'a procuré un profond sentiment de délivrance et de sensation de vivre mais qui m'a fait payer le prix fort ; ma relation destructrice avec mes parents et leur propre relation destructrice ; la mort récente de mon père et plus encore les causes terribles de sa mort.

  Puis mon corps commence à se crisper, je serre mes mains l'une contre l'autre, ma gorge se noue, je ne peux empêcher les larmes de jaillir de mes yeux et puisqu'il faut dire ce que personne ne peut comprendre, puisqu'il faut raconter l'innommable, pendant que je lutte contre la rage qui m'envahit et la douleur qui m'écrase, alors je parle à cette femme de l'effroyable cruauté de la Mort qui est venue par une belle journée de janvier il y a deux ans, m'arracher le cœur et dévorer mon âme.

  Elle m'écoute, toujours immobile. J'arrête de parler, j'ai beaucoup parlé. Elle prend la parole, reprend certains de mes propos, m'explique que si je souhaite faire ce travail, nous pourrons reprendre ensemble tous ces éléments, que ce sera un échange parce qu'elle préfère partager ses impressions assez rapidement avec ses patients. Puis elle me demande si elle peut commencer à poser quelques questions pour préparer le prochain rendez-vous, j'acquiesce et bizarrement, elle m'interroge sur ma mère, j'en suis presque énervé. Pourquoi ma mère ? Ca ne me parait vraiment pas prioritaire, pourtant. Je viens de lui dire des choses tellement plus importantes ! Pourtant, elle continue comme si de rien n'était. La séance se finit pour moi sur une impression mitigée : je suis soulagé d'avoir parlé, j'apprécie que ma psy ait été dans l'échange plutôt que dans la stricte écoute mais je me demande pourquoi elle insiste tellement avec ses questions sur ma mère. Bon, nous verrons bien où elle veut aller...

  En sortant de l'immeuble, je me sens détendu, je fais quelques pas dans une rue transversale et j'appelle Fred : sa voix est plus nette, elle se sent mieux et me dit qu'on peut se voir demain.

  - ... et tu sais, Zach, je t'aime. Je lui réponds que moi aussi et nous raccrochons.
  En entendant ces quelques mots, je me suis immédiatement détendu. Je réfléchis un peu à ça : dès que Fred me dit qu'elle m'aime je vais bien, elle ne me le dit pas assez, je suis rongé par le doute. C'est un peu comme si je n'arrivais pas à croire à l'amour qu'elle me donne et que j'avais besoin continuellement de preuves. La question est peut-être de savoir pourquoi j'ai autant besoin de preuves ?

Vendredi 7 sept 2007

  Midi. Je la rejoins à son bureau pour un banal motif professionnel. Je la sens très stressée de surgir dans son environnement professionnel. Puis nous nous rejoignons chez elle: du coup, c'est nous deux qui sommes stressés !
  Nous déjeunons sans trop parler puis prenons un café sur le canapé ; elle se love contre moi, je ne peux m'empêcher de lui dire que j'ai envie d'elle. Elle me répond qu'elle aussi et nous faisons l'amour. D'habitude, je suis extrêmement attentif à lui donner du plaisir et j'en retire souvent mon propre plaisir à savoir que je peux lui en donner, mais cette fois-ci je pense d'abord au mien sans honte. Ensuite, je m'en excuse auprès d'elle mais elle me dit qu'au contraire cela lui fait réellement plaisir car je commence à me "lâcher".
  Puis nous nous quittons plus calme.
  J'arrive à la contacter en soirée, elle a un coup de blues et j'essaie de la rassurer. Je commence à comprendre que Fred souffre à la fois de la dureté de la rupture et du fait que je n'ai pas encore beaucoup avancé dans ma propre séparation ; sachant que pour cette dernière, je n'arrive même pas encore à imaginer comment la mettre en œuvre.

(noticed ? I said "she" instead "Fred" for the friday note. why ? I don't know...)

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