mes choix de vie... mes décisions.. l'aventure extraordinaire que je vis...
Novembre 2007 - Bordeaux
Je finis quand même par prendre le minuscule ascenseur qui mène à l’appartement de ma mère au dernier étage ; je tiens mes sacs comme je peux, entassé les uns sur les autres contre la paroi du fond. J’aperçois un bref instant mon visage au regard éteint et aux traits ravagés comme un vieux camé dans le reflet de la glace et l’ascenseur s’arrête. Je sors et je fais mes premiers pas vers la porte de ma nouvelle adresse.
J’ouvre et lance dans le grand couloir un « coucou, maman, c’est moi ! ».
Pas de réponse. Je ressens presque le silence poisseux qui colle aux murs, ce silence que je connais bien, c’est celui de la maladie qui rode, de la folie qui se cache derrière les portes ; je me secoue pour me rassurer : « nooooon, son traitement marche bien, elle va mieux depuis plusieurs mois maintenant… ».
Pourtant, même la configuration de l’appartement ce soir semble me mettre en garde : quand on passe la porte d’entrée, on se trouve au début d’un long couloir blanc qui le traverse avec des pièces de chaque coté. A droite, un grand débarras que j’ai transformé en bureau et petit salon-télé, la cuisine et la salle de bains. A gauche, une chambre occupée maintenant par ma mère puis presque au fond le grand salon. Au bout de ce couloir interminable, l’ancienne chambre de mes parents que je vais occuper. Ce soir, donc, ce long couloir ressemble à un corridor d’asile psychiatrique dans une scène hitchckoquienne.
J’avance vers le salon, seule pièce faiblement éclairée d’une lumière jaunissante. Ma mère est dans son vieux fauteuil, face à la télé éteinte, elle est droite comme un I, la bouche est pincée. Merde ! Elle ne va quand même pas me faire un e rechute ? Je décide de la jouer tranquille.
- comment va ?
- mal ! fait-elle dans un claquement de voix.
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- Tu as fermé à clé la chambre ?
- Oui. Je t’avais dit que je ne voulais pas que ton aide à domicile y rentre, c’est uniquement pour ça et tu m’avais donné ton accord. En réalité, je pense tout le contraire.
- JE NE VEUX PAS - tu m’entends - je ne veux pas que tu fermes une porte à clé chez moi. C’est hors de question ! J’ai du forcer la porte avec un tournevis pour rentrer dans ma chambre ! je ne veux pas qu’il y ait de pièces fermées chez moi ! je l’interdis !
- Tu as forcé la porte ? cette fois-ci, je pers le peu d’énergie qui me restait. Je me dirige vers ma chambre, complètement désabusé et la laissant continuer sa litanie. Effectivement, la serrure est forcée et je peux voir les griffes du fer contre le montant de la porte ainsi que les éclats de bois arrachés de a chambranle.
Je pose mes affaires contre le mur et m’assois sur le lit, Je comprends maintenant l’incroyable erreur de s’installer chez ma mère : comment ais-je pu croire une seule seconde que sa folie serait contenue par un quelconque traitement ?
Bien sur que son état s’est arrangé de manière miraculeuse, bien sur qu’elle ne ressemble plus à ce pit-bull enragé que j’ai connu ces dernières années, bien sur qu’elle ne jette plus de vaisselle par la fenêtre, qu’elle ne hurle plus de son balcon qu’elle va se suicider, qu’elle n’appelle plus en pleine nuit pour m’injurier ou dire que mon père va la tuer, qu’elle ne commet plus d’actes dangereux pour qu’on s’occupe d’elle, bien sur…
Mais rien n’a changé en réalité, c’est juste une vieille personne atteinte de folie furieuse et sous la croute légère des médicaments à haute dose, gronde le magma brulant de l’adrénaline à hautes doses. Fatale erreur d’appréciation de ma part.
Je lance un coup de téléphone à Fred pour lui dire que j'arrive et une fois sur place, je m'écroule de fatigue dans son canapé.
Le lendemain matin, je fonce chez ma mère pour récupérer mes affaires avant de partir au travail. Juste en arrivant, j'entend ma mère au téléphone avec ma femme disant qu'elle ne m'a pas vu depuis hier. Je me rue dans la salle à manger pour récupérer le combiné et lui dit que je viens de sortir pour vérifier si ma moto est bien toujours là et que ma mère ne m'a pas vu sortir. Elle ne me croit évidemment pas une seconde et je rame au téléphone pour la calmer puis elle raccroche en pleurant. J'ai vraiment du mal de la faire souffrir autant.
Dans la journée,je la recontacte pour lui demander comment elle va et lui préciser que je rentrerais dans la soirée car il est impossible de vivre chez ma mère. Je rejoins quand même Fred en fin d'après-midi et nous faison quelques courses, j'erre dans les rayons derrière elle quelques instants puis je lui dit que je dois rentrer ; elle semble calme malgré la situation mais je suis pour l'heure bien incapable de me rendre vraiment compte de quoi que ce soit. De retour à la maison, mon fils me saute au cou, ma femme est en cuisine et je vois dans son regard plus d'inquiétude et de tristesse que de colère. Je m'écroule dans le canapé, absolument vidé de ces 48 heures, en me demandant comment la situation a pu autant merder et m'échapper...