mes choix de vie... mes décisions.. l'aventure extraordinaire que je vis...
Bordeaux, le vendredi 16 novembre 2007
C'est une journée pluvieuse, grise et maussade.
C'est une journée où l'on préfère rester chez soi devant un chocolat chaud, les pieds sur la table basse à regarder un bon film ou relire son livre préféré.
C'est aujourd'hui que je déménage chez ma mère.
J'ai fait quelques allers-retours en moto pour amener un peu de matériel et j’attends maintenant que ma femme revienne en fin d'après-midi avec la voiture pour déménager quelques gros objets : télé, poste radio et autres encombrants. J’ai tout préparé dans des gros sacs de supermarché. Je ne déménage pas : je m'enfuis comme un voleur ; au tout du moins c'est l'impression que j'ai.
Mon départ me semble mal organisé, mal positionné, c'est un vrai foutoir. Comment va réagir ma mère ? Comment va-t-elle réagir face à l'énergie bouillonnante de mon fils ? Comment gérer ma vie avec elle et lui dans cet appartement ? Et surtout, surtout... comment vivre sans lui ? Cette dernière question me taraude, me fait battre le cœur à la chamade et me noie dans une obscurité sans réponse.
Ma femme rentre, elle est avec notre fils et je réalise qu'il devra nous accompagner pour mon déménagement : quelle horreur ! Rien ne me sera donc épargné pour ce départ ! De plus, ma femme me rappelle que le vendredi nous allons traditionnellement diner chez ses parents et j'ai la faiblesse d'accepter. Je l’accompagne donc la mort dans l'âme, je n'arrive même plus à me dire que je suis un con d'accepter de passer par toutes les étapes de ce chemin de croix.
Ma belle-mère qui n'est pas vraiment au courant commence à s'inquiéter et me presse de questions. Mon épuisement est tel que je fond en larmes en essayant de lui expliquer que nous avons des problèmes personnels et que je préfère partir quelques temps ; puis je demande quand même à ma femme de partir pour m'accompagner chez ma mère. Il pleut de plus en plus.
Nous arrivons devant chez elle. Je récupère les quelques sacs qui sont dans le coffre, ma femme pleure, figée entre colère et désespoir.
Et mon fils, mon fils... Alors que je prends mon dernier sac sur la banquette arrière à coté de son siège, il m'agrippe le bras et avec des yeux qui se remplissent de larmes et dans lesquels on lit toute la peine du monde, il me dit :
- Ne t'en vas pas, Papa. S’il te plait, t'en va pas...
C'est absolument atroce, moi qui aime tellement mon enfant, je suis celui qui lui fait le plus de peine au monde. Comment survivre à ça ? Je puise encore un peu plus dans ma douleur pour lui répondre que je suis toujours là pour lui, que je vais le voir demain...
J'embrasse ses joues salées et mes larmes se mélangent aux miennes.
Je regarde encore une fois ma femme et je ne peux que lui dire ce que je dis depuis des semaines maintenant :
- Je... je suis vraiment désolé. Vraiment... Désolé que ce soit comme ça pour nous aujourd'hui.
Elle ne me répond plus. Je referme la porte. Je fais des signes à mon fils qui agit son bras pendant que la voiture s'éloigne.
Je reste quelques instants sous la pluie, dans un KO affectif dont j'ai peine à me remettre. Je ramasse mes affaires et me dirige lentement vers l'immeuble de ma mère.