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mes choix de vie... mes décisions.. l'aventure extraordinaire que je vis...

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mi-novembre 2007 : 48 heures

Bordeaux, Mi-novembre 2007


  Vous connaissez le film de Will Smith "à la poursuite du bonheur" ?

  Suite à une mauvaise affaire commerciale, un brave type se retrouve à la rue avec son fils de 5 ans ; il passera plusieurs mois à dormir avec lui dans des foyers, survivant avec des moyens de fortune avant de s'en sortir. Perdu dans la pire épreuve de sa vie, il continue à veiller sur lui, puisant dans l'affection et la confiance de son fils la force de surmonter les obstacles...

  Quand j'ai vu ce film au cinéma, j'ai beaucoup pleuré en voyant ce père tenant dans la rue la main de son fils, le rassurer alors que lui-même mourait de peur, le faire rire alors qu'il était le plus malheureux des hommes, lui raconter de belles histoires bien qu'il ne voyait que chaos autour de lui.
  Mais plus que tout, c'est cette confiance inébranlable du fils, son bonheur d'être avec son père et de marcher à coté de lui, son regard confiant et heureux et sa joie de vivre qui m'ont touché.

.../...

  " Euh, réfléchissons bien... j'ai bien ma liste en main ? Ouiiii...  Alors je commence par quelques courses au supermarché ou je fonce acheter un nouveau cadenas pour la moto ? A moins que je ne fasse le double des clés de l'appart d'abord ?... Euh... "
  Depuis que j'ai pris la décision de partir vivre chez ma mère dans quelques jours, je me suis rendu compte que j'avais un certain nombre de choses à faire ou à acheter. J’ai donc réservé 2 jours sur mes vacances pour tout préparer avant le grand départ.
  Mais mon fils ne sera pas en centre aéré à cette période et il devra donc m'accompagner dans mes pérégrinations.

  Je regarde mon petit bonhomme à coté de moi emmitouflé dans son blouson, son casque vissé sur la tête : il est visiblement heureux de m'accompagner et encore plus de faire une grande balade à moto. Je me sens un peu gêné de le faire participer à ce que je considère comme une fuite par rapport à lui. Je pars mais je ne sais toujours pas si je vais supporter de ne plus le voir tous les jours.

  La matinée se passe bien et vers midi, nous déposons une première série de courses chez ma mère puis nous retournons manger à la maison. Il fait plutôt froid et sec dehors et cela accentue le plaisir de se mettre au chaud.
  Dans l'après-midi, nous repartons pour de nouvelles courses en moto, mon fils ronchonne déjà un peu plus et je dois commencer à faire preuve d'un peu d'imagination pour le faire patienter ; c'est vrai que je n'ai pas vraiment l'habitude d'être aussi souvent avec lui sauf pour jouer et j'ai le cœur qui se pince un peu car j'ai l'impression de l'embarquer bien involontairement dans les préparatifs laborieux de mon départ.

  Le lendemain, rebelote. C'est vrai que faire des courses en moto en plus avec un enfant de sept ans oblige à beaucoup d'allers et retours, de patience et d'organisation. Il commence vraiment à ronchonner mais me suit encore bravement.
  De mon coté, je commence à avoir énormément de peine à lui faire subir cela, j'ai le cœur gros quand je regarde sa bonne bouille d'enfant heureux et son regard rieur ; alors je prends sur moi pour le faire rire dans les magasins, nous crions de concert dès que j'accélère un peu en moto, nous crions "Hop !" à chaque passage sur un dos d'âne.
  Mais rien n'y fait, plus l'après-midi s'allonge, plus je souffre de lui faire subir ce que je ressens comme une errance ; j'ai l'impression d'être à la dérive, perdu au milieu des rues comme un clochard, chargé de courses comme une mule, les casques de moto d'un coté, mon fils de l'autre en train d'essayer tant bien que mal de m'occuper de lui et je lui mens, je lui ment effrontément en le rassurant, en le cajolant, en le faisant rire alors que je mes sens brisé, perdu, malheureux, tellement malheureux.

  En 48 heures à l'extérieur, j'ai explosé mes repères les plus rassurants : je n'ai quasiment plus d'ancien chez moi et pas encore de nouveau, m'occuper de mon fils m'a pris toute mon énergie ; je commence à mesurer tout le travail qu'il reste à faire et toute la responsabilité qui pèse sur mes épaules.

  Je rentre le soir mortifié, épuisé ; mon petit bonhomme fonce dans la cuisine manger son gouter tandis que je fonce dans ma chambre m'écrouler en larmes sur mon lit. Ma femme se tient sur le pas de la porte et ne dit rien.

  Je lui dis quand même entre deux sanglots que ces deux jours ont été très durs car je me suis senti comme un SDF, errant de magasin en magasin, allant et venant dans les rues glacées.

  Mais rien n'était pire que ce terrible sentiment d'entrainer mon fils dans ma perdition, de le trahir quand il levait sur moi son regard si confiant, de lui mentir quand il riait de mes blagues.

  Ma femme ne dit toujours rien mais je sens peser sur moi un regard maintenant inquiet. Elle connait mes angoisses mais n'imagine pas à quel point elles m'arrachent le cœur. Elle doit penser que je fais une crise de la quarantaine et que tout ça n'est qu'une passade, mais elle n'a pas compris que la page est tournée entre nous et que seule me reste envers elle ma monstrueuse culpabilité ; que je livre une incroyable bataille intérieure pour ne plus être en posture d'enfant face à elle et devenir adulte.

  De ces deux glaciales journées, il me reste dans mon cœur et dans ma tête le souvenir intense de la petite main de mon fils serrant fort la mienne alors que nous marchions vite dans les rues pour nous réchauffer  et son regard heureux se plongeant parfois dans le mien qui était si triste.

  Et de ce souvenir, se développait aussi en moi une pensée au goût amer si fort qu'il envahissait ma bouche : " Même si cela avait été dans des circonstances identiques, que n'aurais-je donné pour être ainsi deux jours avec mon père !"...

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A
La phrase du jour (le retour) : "...que n'aurais-je donné pour être ainsi deux jours avec mon père !"<br /> J'avais lu ça y'a un moment, et ça m'avait conforté dans l'idée de surmonter l'épreuve et de rester présent pour ma fille. Parce qu'à son âge j'avais perdu ma mère et bientôt mon père, et que son absence a créé un vide immense.<br /> <br /> Ben ça m'a fait du bien de prendre un peu de recul. C'est comme sortir d'une grotte, soudain il y a eut de l'air et de la lumière !<br /> (un jour faudra que je te paie des honoraires ^^)
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